Tant (adverbe)
Dictionnaire d'Emile Littré
1 Substantif abstrait qui exprime une quantité indéfinie, indéterminée.
LA FONT.: « Un d'eux, le plus hardi, mais non pas le plus sage, Promit d'en rendre
LA FONT.: « Cet homme par son testament, Selon les lois municipales, Leur laissa [à ses filles] tout son bien par portions égales, En donnant à leur mère
LA FONT.: « L'un, c'était le marchand, savait l'arithmétique : à
BOURSAULT: « Et pour notre patron une somme de
BOILEAU: « Mon bien se monte à
MONTESQ.: « Une taxe par tête, un tribut de
VOLT.: « Ils [les libraires] font travailler des auteurs à
J. J. ROUSSEAU: « Dans l'indépendance où je voulais vivre, il fallait cependant subsister ; j'en imaginai un moyen très simple : ce fut de copier la musique à
P. L. COUR.: « Toi, Pierre, combien as-tu payé cette année-ci ?
Tant tenu,
Lorsque
BALZ.: « Il leur a montré que, de cent cinquante et
DANCOURT: « J'aurai, mes comptes faits, plus de quatre cent et
Terme de jeu. Familièrement. Être
2 Tant de, suivi d'un substantif, une si grande quantité de.
CORN.: « Nous n'avons qu'un honneur, il est
SÉV.: « Comment peut-on, par rapport à Dieu et même à l'humanité, garder
BOSSUET: « Mon esprit rebuté de
RAC.: « Tant de précaution affaiblit votre règne »
VOLT.: « Certes il eût mieux valu que ces soldats eussent tué l'empereur Théodose, comme ils en avaient tué
RICCOBONI: « Tant de candeur dans cette physionomie, et
Tant de.... que, une si grande quantité que.
VOIT.: « Je prends
SÉV.: « Vous avez
RAC.: « Tant de coups imprévus m'accablent à la fois, Qu'ils m'ôtent la parole, et m'étouffent la voix »
BARTHÉLEMY: « L'empire de la mer donne
Tant de.... avec que et de suivi d'un infinitif.
LA FONT.: « Vous voyez mon logis ; si vous me vouliez faire Tant d'honneur que d'y prendre un champêtre repas »
MOL.: « Qui donc est ce coquin qui prend
3 Tant et si,
VAUGEL.: « Il a fait
Acad. Observ. sur Vaugel. p. 70, dans POUGENS: On dit par manière de formule :
CORN.: « Vous pourriez m'opposer
CORN.: « Nous sommes vos voisins, nos filles sont vos femmes ; Et l'hymen nous a joints par
TH. CORN.: « Mais comme enfin son père A
REGNARD: « Il a
4 Faire
LA FONT.: « Les grenouilles.... Par leurs clameurs firent
LA FONT.: « J'ai
J. J. ROUSS.: « Enfin
Faire
SÉV.: « Ce n'est plus la mode d'y marchander [à donner le monseigneur aux maréchaux], quand on fait
SAINT-SIMON: « La fortune a pris plaisir d'en insulter la France [du cardinal de Fleury] en l'en établissant roi absolu, et dans un âge où les autres radotent quand ils font
Faire
MONTESQ.: « Lorsqu'on fait
VAUVENARGUES.: « Parce qu'il n'est pas né pour les petites choses.... s'il fait
J. J. ROUSS.: « Quand ils font
MARMONTEL: « Donnez, donnez, dit-il, puisqu'on a
Absolu ment. Puisque vous avez
5 Pris adverbialement. Tant, avec un verbe, en si grande quantité, tellement. Il ne faut pas
VOIT.: « Vous qui dites
CORN.: « Vous n'aimeriez pas
QUIN.: « N'aimons jamais, ou n'aimons guère : Il est dangereux d'aimer
BOSSUET: « L'Angleterre a
Quelquefois, en ce sens, on met par inversion
LA FONT.: « Quatre animaux divers.... Toutes gens d'esprit scélérat, Hantaient le tronc pourri d'un pin vieux et sauvage ; Tant y furent, qu'un soir à l'entour de ce pin L'homme tendit ses rets »
6 Tant, devant un adjectif, si, tellement.
MOL.: « Voilà une malade qui n'est pas
MOL.: « Elle n'est pas
VOLT.: « La maîtresse
J. J. ROUSS.: « Voilà, monsieur, l'histoire exacte de ce
P. L. COUR.: « Voilà le propos du lieutenant que je ne trouve point
P. L. COUR.: « Brisson [le président] demanda de pouvoir achever, avant qu'on le pendît, son traité des usages et coutumes de Perse, qui devait être, disait-il, une
Tant, employé devant un adverbe, si, tellement.
VOIT.: « Vous à qui la mort même, de
CORN.: « Tu ne fais pas
SÉV.: « Je sais vraiment que vous ne vous portez pas
7 Tant, construit avec un participe passif.
BOSSUET: « Ce grand homme [le P. Bourgoing], ne voulant pas qu'il fût
VOLT.: « Cette femme autrefois
VOLT.: « Cette femme autrefois
8 Tant, suivi d'un adjectif et de que, signifiant quelque.... que, avec le subjonctif ou l'indicatif.
DESC.: « Arracher le consentement du lecteur,
Anciennement, on supprimait le que, et on faisait une inversion ; ce tour pourrait encore être employé.
MALH.: « Et même ses courroux,
RÉGNIER: « Il n'est bon courtisan,
CHAULIEU: « Oncques ne fut amant
9 Tant par forme d'épiphonème, et signifiant à tel point.
CORN.: « Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port ; Tant, à nous voir marcher en si bon équipage, Les plus épouvantés reprenaient de courage »
BOSSUET: « Tant il est vrai que tout se tourne en révoltes et en pensées séditieuses, quand l'autorité de la religion est anéantie ! »
RAC.: « Et moi je ne veux plus,
BUFFON: « Elle [la fauvette tachetée]... se laisse prendre dessus [le nid] plutôt que de l'abandonner....
DELILLE: « Tant dut coûter de peine Ce long enfantement de la grandeur romaine ! »
10 Il se dit pour au
VOIT.: « Je n'estimerai ni n'aimerai jamais rien
CORN.: « Je ne puis dire
SÉV.: « Des trésors.... me pourraient-ils donner
REGNARD: « Mais elle n'est pas
11 Il se dit pour au
Tous
CORN.: « Le funeste succès de leurs armes impies.... Pour tous
LA FONT.: « Et tous
PASC.: « Ne nous abusons pas, cela nous regarde tous
FONTEN.: « .... Toi et le conquérant.... et tous
VOLT.: « Comment vous portez-vous, tous
Tant qu'il peut,
BEAUMARCH.: « Voilà mon Marin.... pêchant le mal en eau trouble : il en dit hautement
Il pleut
12 Tant et plus, au
LESAGE: « Laissez-nous le soin de vous chercher des pratiques ; nous vous en fournirons
J. J. ROUSS.: « J'eus aussi des visites de Genève
13 Il sert à marquer un certain rapport, une certaine proportion entre les choses dont on parle. Tant plein que vide. Tant bon que mauvais. Je l'aime
ROLLIN: « Quand les enfants avaient appris à bien lire et à écrire, on leur enseignait la grammaire,
Tant bien que mal, médiocrement.
14 Tant que, aussi longtemps que.
VOIT.: « Je ne me puis estimer malheureux,
CORN.: « Mais,
BOSSUET: « Tant qu'elle a été heureuse, elle a fait sentir son pouvoir au monde par des bontés infinies »
LA BRUY.: « Tant que les hommes pourront mourir et qu'ils aimeront à vivre, le médecin sera raillé et bien payé »
ROLLIN: « Après avoir commandé qu'on les poursuivît
15 Tant que..., aussi loin que.... Tant que la vue se peut étendre.
16 Tant que, jusqu'à ce que (avec le subjonctif).
CORN.: « Différez pour le mieux encor cette visite, Tant que, maître absolu de votre jugement, Vous soyez en état de faire un compliment »
CORN.: « Adieu, je vais traîner une mourante vie, Tant que par ta poursuite elle me soit ravie »
BOSSUET: « La charité se nourrit et s'élève plus sûrement quand elle est comme gardée par la crainte ; c'est ainsi qu'elle se fortifie,
BOSSUET: « Enivrez-vous de ce vin,
A. CHÉNIER: « Suppliez, gémissez, implorez sa clémence, Tant qu'elle vous admette enfin en sa présence »
L'Académie, dans son Examen du Cid, a blâmé cette locution, mais à tort, car elle se comprend très bien comme l'ont employée Corneille et Bossuet.
17 Tant que, de façon que.
LA FONT.: « Toutes sottises dont la belle Se défend avec grand respect, Tant qu'au père à la fin cela devint suspect »
18 Tant plus que moins, loc. adv. à peu près. Il a dix mille livres de rente,
19 Comme il y en a
DIDER.: « Qui pouvait imaginer que, pour une fille comme il y en a
20 Tant mieux, loc. adv. qui marque qu'on est content que quelque chose soit. S'il se conduit sagement,
Tant pis se dit en un sens contraire.
MOL.: « C'est
MOL.: « Tant pis encore de prendre peine à dire des sottises, et d'être mauvais plaisants de dessein formé »
LA CONDAMINE: « La Condamine est aujourd'hui Reçu dans la troupe immortelle ; Il est sourd, c'est
Familièrement. Tant pis,
Tant-pis, Tant-mieux, noms plaisants de deux médecins dont l'un assurait que le malade succomberait et l'autre qu'il guérirait.
LA FONT.: « Le médecin Tant-pis allait voir un malade Que visitait aussi son confrère Tant-mieux »
21 En
DESC.: « Je suis assuré que ces façons de penser que j'appelle sentiments et imaginations, en
CORN.: « Je ne la fais amoureuse que par ambition, et en sorte qu'elle semble n'avoir point d'amour, qu'en
LA FONT.: « Le bien n'est bien qu'en
Logique de Port-Royal, p. 91, dans POUGENS: On peut dire que toute idée est distincte, en
REGNARD: « Déshéritant, en
D'ALEMB.: « L'esprit ne crée et n'imagine des objets qu'en
22 Tant il y a que,
VAUGEL.: « Tant y a que les soldats travaillèrent aux radeaux avec
Acad. Sentim. Cid: Maintenant, si ce dénoûment est selon l'art ou non, c'est une autre question qui se videra en son lieu ;
SÉV.: « Je suis faible, et ne me pique point de ne l'être pas ;
BOSSUET: « Cette comparaison [de Dieu punissant les Juifs par Titus] avec un magistrat qui fait rouer des malfaiteurs, vous fait horreur ;
RAC.: « Tant y a qu'il n'est rien que votre chien ne prenne »
23 Tant soit peu, voy. PEU.
Tant et si peu qu'il vous plaira, en telle et si petite quantité qu'il vous plaira.
24 Tant s'en faut que.... voy. FALLOIR, n° 12.
25 Si
CH. DE SÉVIGNÉ: « Croyez que vos bonnes grâces à tous me sont très précieuses, si
26 Sur et
27 À
BALZ.: « À
LA FONT.: « À
Cette locution a vieilli, mais on pourrait très bien l'employer d'après la Fontaine et Balzac.
28 Tant plus,
MALH.: « Tant plus nous avons de besoin d'une chose,
BALZ.: « Tant plus il y aura de bienheureux dans le ciel,
LA FONT.: « Quand ils [des madrigaux] sont bons, en ce cas tout prudhomme Les prend au poids, au lieu de les compter ; Sont-ils méchants,
PASC.: « Tant plus le chemin est long dans l'amour,
Cette locution est tombée en désuétude ; et on supprime aujourd'hui
29 Tant plus, d'au
J. J. ROUSS.: « Je ne me suis pas moqué de vous alors ; mais je m'en moque
J. J. ROUSS.: « Il y a un longtemps qu'à force de m'inspirer du respect, il m'a fait oublier sa naissance ; ou, si je m'en souviens encore, c'est pour honorer
30 Tant seulement, pour seulement n'est plus usité ; il est resté dans le langage populaire ; autrefois il était du bon usage.
LA FONT.: « De n'avoir pas chez soi pour lui donner Tant seulement un malheureux dîner »
PROVERBES
REMARQUE
1. Avec
RAC.: « Jamais
MARIV.: « Tant de galanterie et
2. Je leur donne un
3. Tant ne se joint point à un simple adjectif ; on ne dit pas
4. Après le verbe actif ou neutre, sans auxiliaire, il faut toujours mettre
5. Quand le verbe auxiliaire se joint au verbe actif, on place
6.
VOLT.: « Lorsque vous avez à exprimer un sentiment particulier par un verbe passif, comme je suis si touché, si ému, si courroucé, si animé, vous ne pouvez dire : je suis
HISTORIQUE
XIème siècle
Ch. de Rol. v: Teres e fiez [fiefs]
ib. XXXIV: .... se
ib. XXXIX: Par
ib. CLIV: Sunez vos grailes,
ib. CXC: Tant chevalcherent que en Sarraguce sunt
XIIème siècle
Couci, II: Mais se voz euz [yeux] où l'on se puet mirer, Qui
ib. v: Par
ib. XVII: Et quant je pluz sui loinz de sa contrée, Tant est mes cuers pluz près et ma pensée
ib. XXI: Grant pechié fait qui son homme veut prendre Par biau semblant monstrer,
ib. XXIV: On ne puet pas servir à
Sax. v: Et de cors et de membres [elle] par fu si avenanz, Qu'onques Dex ne fist home
XIIIème siècle
VILLEH.: « Et dura
VILLEH.: « Et fu devisés qu'il prendroient terre à Corfol, et que li premier atendroient les derreniers,
Berte, III: Tant com il furent là, on les fist honorer
ib. XCVII: Mais laissez la
ib. CXXVII: À peine [elle] put mot dire,
Chr. de Rains, 25: Sire, je loe que vous li otroyés bataille, et je ne doute, ne
la Rose, 3256: Mès il est de tel cruauté, Qu'il ne se daingne encor refraindre, Tant me voie plorer ne plaindre
ib. 3191: Voilliés que j'aim
ib. 2638: Esperance li fait souffrir Tant maus que nus n'en sait le conte Por la joie qui cent tans [cent fois autant] monte
ib. 3481: Car
ib. 176: Il i avoit d'oisiaus trois tans [trois fois autant] Qu'en tout le remanant de France
BEAUMAN.: « Mais de
JOINV.: « Le roy ot conseil que il ne partiroit de Damiete, jusques à
JOINV.: « Nulz ne peut
XIVème siècle
ORESME: « C'est impossible que mal, en
ORESME: « Le bien
ORESME: « Tant plus est une operacion ou passion voluntaire,
ORESME: « Nous avon dit.... en quel maniere et en quel cas la loy de rendre
Guesclin. 14068: Et au pape de Romme irai si esploi
XVème siècle
FROISS.: « Or se gardent de moi, car heure viendra que je les payerai de la monnoie pareille ; on la forge à
FROISS.: « Mais
FROISS.: « De la prise [de] Charles de Montmorency furent les François moult courroucés, mais amender ne le purent
FROISS.: « Or nous tairons nous de parler de lui
FROISS.: « Je vous attendrai
FROISS.: « Sire, faites semblant de deloger et de vous traire autre part, et laissez un petit de vos gens devant la ville ; ceux de laiens istront
JUVÉNAL DES URSINS: « Et pour ceste cause envoyerent devant le roy, et feirent
J. CHASTEL.: « Et conclut par ce point que
MONSTREL.: « De
COMM.: « Tant pour le duc que pour luy »
COMM.: « De
COMM.: « Ledit Cleret se tint à
COMM.: « Et avoit dit [Louis XI] que, si on le veoit en ceste necessité de mort, que l'on ne luy dist fors
XVIème siècle
CALV.: « S'il n'est point licite de figurer Dieu par effigie corporelle,
CALV.: « Mais quelle moquerie est-ce d'orner une chose si petite d'un tiltre
CALV.: « Je ne nie pas que ce ne soit l'office d'un bon fidele, de s'abstenir de toute familiarité des meschans, et de ne se mesler avec eux en quelque affaire que ce soit
RAB.: « De
RAB.: « Tant plus y estudions,
RAB.: « Somme, ilz beurent
RAB.: « On m'a dit que ces
RAB.: « J'ay songé
RAB.: « De couraige
MONT.: « Il fut,
MONT.: « Faictes leur
ID.: « .. Qu'il s'en vestit
MONT.: « Ils ne font pas
MONT.: « Aussi tost qu'il y a
MONT.: « Il y avait onze mille
LA BOÉTIE: « Il semble qu'en ces glorieux jours là ce n'estoit pas
LA BOÉTIE: « Cresus, ce
LA BOÉTIE: « L'amitié s'entretient, non
ID.: « Et puis, je disne et mange
LA BOÉTIE: « Vois tu pas que tous les hommes,
AMYOT: « Il mourut en ceste bataille plus de 15000 hommes,
AMYOT: « Demosthenes employa entierement tout
RONS.: « Est-ce
RONS.: « De l'admirer je ne suis assouvy, Car l'oeil de voir n'est lassé
RONS.: « Amour,
RONS.: « À
ÉTYMOLOGIE
Provenç.
1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française
| Adverbe |
qui exprime Une quantité indéfinie, et qui a souvent pour corrélatif la conjonction "Que. Il a
"Tous
Pop., "Il pleut
Prov., "Tant tenu,
Prov. et fig., "Tant vaut l'homme,
2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
signifie aussi, En si grande quantité, à un tel excès. "Il mangea
Prov. et fig., "Tant va la cruche à l'eau, qu'à la fin elle se brise," En retombant souvent dans la même faute, on finit par s'en trouver mal; ou, En s'exposant trop souvent à un péril, on court risque d'y demeurer, d'y succomber. Il se dit par forme de menace ou de prédiction.
3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
se dit encore de Toute sorte de nombre qu'on n'exprime point. "Nous partagerons, il y aura
Fam., au Jeu, "Nous sommes
4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
sert aussi à marquer Une certaine proportion, un certain rapport entre les choses dont on parle. "Tant plein que vide. Tant bon que mauvais. Je le sers
5ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
avec la négation, signifie quelquefois, Autant. "Rien ne m'a
6ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
s'emploie aussi par forme d'exclamation, et signifie, À tel point. "Tant il était abusé. Tant le monde est crédule. Tant il est vrai que... Tant il est difficile d'être modéré dans la bonne fortune."
"S'il faisait
7ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
suivi de "que," signifie quelquefois, Aussi loin que. "Tant que la vue se peut étendre. Tant que la terre le pourra porter." On dit aussi, en abrégeant, "Tant que terre, etc."
Il signifie également, Aussi longtemps que. "Tant que je vivrai. Tant qu'il occupera cette place, il en remplira les devoirs. Tant que le monde durera. Pour
Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)
| Adverbe |
de comparaison ou de quantité.
- 1°. Il prend l'article indéfini: "
- 2°. Il se met toujours aprês le verbe dans les tems simples. Il me donne "
- 3°. Le "que", qui suit "tant", ne régit pas toujours des verbes, et il est quelquefois suivi de noms ou de pronoms. '"Tant" pour "les" uns "que" pour "les" autres: "tant" pour "vous que" pour "lui".
- Remarquez que dans ce dernier tour de phrâse, le 2d membre, régi par "que", doit suivre le même ordre que le premier, régi par "tant". C'est ce qu'on n'observait pas anciènement, et à quoi manquent encôre aujourd'hui quelques Écrivains. '"Tant en" leurs persones, "que de" leurs parens. Dites "qu' en celles de" leurs parens. '"Tant ceux du" tems pâssé, "que du" tems d'aujourd'hui. "La Font." Il falait "que ceux du" tems d'aujourd'hui.
- 4°. "Tant" s'emploie aussi sans régime. 'Le jour qu'il plut "tant". 'Il en a "
- 5°. Quelquefois on le redouble. '"Tant" tenu, "tant" payé: on est quite envers quelqu' un en le payant à proportion du service qu'il a rendu. '"Tant" vaut l'homme, "tant" vaut sa terre: l'esprit, l'intelligence du maître fait valoir sa terre, sa charge, etc. plus ou moins. = Mais "
- "La Touche" était surpris, avec raison, que l'"Acad." ne condamnât pas "
- Dans les éditions suivantes, elle se contenta de dire qu'on suprime ordinairement "tant". Ce n'était pas dire assez. Enfin, dans la dernière, elle n'en parle plus.
- 6°. "Tant" n'est pas comme "autant", adverbe relatif. 'Après trente-cinq jugemens rendus contre lui, sur les plaintes de "
- 7°. Aûtrefois on joignait "tant" avec des adjectifs et des adverbes. On disait "tant" aimable, "tant" heureusement, au lieu de "si" aimable, "si" heureûsement. 'De "
- Il y a déja du tems que "tant" ne modifie que les verbes et les noms substantifs. 'Il a "
Les angoisses "
On dirait aujourd'hui, "si dures".
- 8°. "Fontenelle" dit "tant" pour "aussi bien". 'Les nouveaux oracles n'avoient garde de réussir "tant". C'est une faûte assez grossière.
- 9°. "Tant" se place quelquefois à la tête de la phrâse comme pour servir de corollaire aux phrâses précédentes. '"Tant" le monde est crédule! "Tant" il est vrai que, etc. "Tant" il est de ceux qui n'entendent pas ce qu'ils disent. = * Aûtrefois on disait "
- "Aussi long-tems que". '"Tant que" je vivrai; "
- "De sorte que". '"Tant qu'"à force de ne rien résoudre, je "pâssai" chez moi et seul la plus grande partie de la journée. "Anon.". '"Tant qu'"enfin ils "s'étoient" déja "abandonnés" au désespoir, lorsqu'ils furent subitement délivrés de ce péril. "Voy. d'Anson". = "Remarquez" que quand "
- 11°. "Tant" se combine avec d'autres adverbes. "Tant mieux" se dit pour marquer qu'une chôse est avantageûse, et "
- "Tant plus que moins", à peu prês.
- "Sur et
- 12°. "Tant soit-il" pour "quelque que" est vieux.
Et même ses courroux, "
Sont des marques de son amour.
"Malherbe".
Les fuites des méchans, "
Quand il les poursuivra, n'auront point de cachettes. Id.
Les Poétes ont eu tort de laisser perdre ce tour de phrâse, bien plus poétique que "quelque que", lequel ne peut guère entrer dans des vers, du moins dans la haute poésie.
- "Rousseau" a encôre dit;
Et ce faux bruit, "
Ne manquera d'être encor rehaussé
Par cent grimauds, rampans sur le Parnasse.
Mais c'est dans le style marotique.
- 13°. "Tant et de si belles" actions, façon de parler qui nous est venûe des Latins, est condamnée par "Vaugelas". Les "Observations" sur ses "Remarques" ne la condamnent pas, et l'on peut s'en servir dans le style oratoire. 'Où peut-on trouver "
Emplacement dans le dictionnaire :
| tannage tannant tanné tanne tanner tannerie tanneur | tannin tannique tant mieux tant pis tant plus que moins tant que | tant y a que tantale tante tantième tantinet tantôt tanzimat |
Quelques citations relatives :
Citation n°1 de Jean MORÉAS (Les Stances)...tranquille, arbres fiers que nourrit un avare terrain ! Je songe, en supputant tout le mal et le pire ; et malgré les détours dont m'abuse le sort, je sens que sur ma lèvre erre encore un sourire, tant mon âme s'absorbe en son dieu sans effort. 6e LIVRE (X) Va-t-on songer à l'automne, à l'aquilon détesté, quand la lumière environne la vie et le fier été ! De l'arbre au profond feuillage, des...
Citation n°2 de Jean MORÉAS (Poèmes et Sylves : 1886-1896)
...de la mer, la cape et la dague lourdes de pierres jaunes, et sur ton chapeau des plumes de perroquets, tu t'en venais, devisant telles bourdes, tu t'en venais entre tes deux laquais si bouffis et tant sots-en vérité, des happelourdes ! - dans la cité au bord de la mer tu t'en venais et tu vaguais parmi de grands vieillards qui travaillent aux felouques, le long des môles et des quais. C'était (tu...
Citation n°3 de Jean MORÉAS (Poèmes et Sylves : 1886-1896)
...mais ce sont d'une qui souvent couard te rendit. PÈL. PAS., JONCHÉE, PASSE-TPS Passe-temps blanc satin neuf, oeuf de couvée fraîche, neige qui ne fond, que vos tétins, l'un à l'autre revêche, si tant clairs ne sont. Chapelets de fine émeraude, ophites, ambre coscoté, semblables aux yeux dont soulas me fîtes, onques n'ont été. Votre crêpe chef le soleil efface, et votre couleur fait se dépiter la...
Citation n°4 de Jean MORÉAS (Poèmes et Sylves : 1886-1896)
...PÈL. PAS., AL. P., ÉG. ELLE E. églogue à elle encore j'eusse pu me nourrir de miel nouveau, pendant des mois, et bien que l'on prétende que sa saveur trouble les sens, je n'eusse été, certes, tant dépourvu de sagesse que pour avoir, de ma lèvre, ah si peu ! Effleuré ta bouche, semblable au feu. Bouche plus suave que le miel au creux des ruches amassé, bouche plus vive que les hauts pavots...
Citation n°5 de Pierre LOTI (Le Mariage de Loti : Rarahu)
...la fièvre. La vieille femme occupait toute la largeur de son siège par la masse disgracieuse de sa personne. -elle était vêtue d'une tunique de velours cramoisi ; un bas de jambe nue s'emprisonnait tant bien que mal dans une bottine de satin. à côté du trône, était un plateau, rempli de cigarettes de pandanus. Un interprète en habit noir se tenait debout près de cette femme qui entendait le...
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