Tant (adverbe)


Dictionnaire d'Emile Littré




 1   Substantif abstrait qui exprime une quantité indéfinie, indéterminée.
LA FONT.: « Un d'eux, le plus hardi, mais non pas le plus sage, Promit d'en rendre [de la ferme] »
LA FONT.: « Cet homme par son testament, Selon les lois municipales, Leur laissa [à ses filles] tout son bien par portions égales, En donnant à leur mère »
LA FONT.: « L'un, c'était le marchand, savait l'arithmétique : à par mois, dit-il, je donnerai leçon »
BOURSAULT: « Et pour notre patron une somme de »
BOILEAU: « Mon bien se monte à : tenez, voilà le vôtre »
MONTESQ.: « Une taxe par tête, un tribut de pour cent, sont les seuls [tributs] convenables »
VOLT.: « Ils [les libraires] font travailler des auteurs à la feuille, comme je fais travailler mes manoeuvres dans mon jardin à la toise »
J. J. ROUSSEAU: « Dans l'indépendance où je voulais vivre, il fallait cependant subsister ; j'en imaginai un moyen très simple : ce fut de copier la musique à la page »
P. L. COUR.: « Toi, Pierre, combien as-tu payé cette année-ci ? ; le voilà »
    Tant tenu, payé, voy. TENU.
    Lorsque , en ce sens, suit un nom de nombre, il veut de après soi. Vingt et de sous.
BALZ.: « Il leur a montré que, de cent cinquante et d'opinions qui visaient au souverain bien, il n'y en avait pas une qui eût touché le but »
DANCOURT: « J'aurai, mes comptes faits, plus de quatre cent et de mille livres »
    Terme de jeu. Familièrement. Être à , avoir au de points, au de parties l'un que l'autre.

 2   Tant de, suivi d'un substantif, une si grande quantité de.
CORN.: « Nous n'avons qu'un honneur, il est de maîtresses ! »
SÉV.: « Comment peut-on, par rapport à Dieu et même à l'humanité, garder d'or, d'argent, de meubles, de pierreries, au milieu de l'extrême misère des pauvres dont on était accablé dans ces derniers temps ? »
BOSSUET: « Mon esprit rebuté de d'indignes traitements qu'on a faits à la majesté et à la vertu »
RAC.: « Tant de précaution affaiblit votre règne »
VOLT.: « Certes il eût mieux valu que ces soldats eussent tué l'empereur Théodose, comme ils en avaient tué d'autres, que d'égorger quinze mille de leurs compatriotes »
RICCOBONI: « Tant de candeur dans cette physionomie, et de perfidie, d'ingratitude dans ce coeur ! »
    Tant de.... que, une si grande quantité que.
VOIT.: « Je prends de plaisir à vous écrire, que je n'en trouve guère davantage à ne rien faire »
SÉV.: « Vous avez de philosophie, que l'un de ces jours je vous prierai de m'en faire part, pour m'aider à soutenir vos malheurs et mes chagrins »
RAC.: « Tant de coups imprévus m'accablent à la fois, Qu'ils m'ôtent la parole, et m'étouffent la voix »
BARTHÉLEMY: « L'empire de la mer donne de supériorité, que, si vous étiez dans une île, aucune puissance n'oserait vous attaquer »
    Tant de.... avec que et de suivi d'un infinitif.
LA FONT.: « Vous voyez mon logis ; si vous me vouliez faire Tant d'honneur que d'y prendre un champêtre repas »
MOL.: « Qui donc est ce coquin qui prend de licence Que de chanter et m'étourdir ainsi ? »

 3   Tant et si, et de tels, et .
VAUGEL.: « Il a fait et de si belles actions : cette façon de parler a été fort usitée autrefois par les meilleurs écrivains ; mais aujourd'hui elle a je ne sais quoi de vieux et de rude »
     Acad. Observ. sur Vaugel. p. 70, dans POUGENS: On dit par manière de formule : et si longuement qu'il vous plaira, comme en cette phrase : Faites vos affaires à loisir, et demeurez ici et si longuement qu'il vous plaira
CORN.: « Vous pourriez m'opposer et de tels obstacles, Que pour les surmonter il faudrait des miracles »
CORN.: « Nous sommes vos voisins, nos filles sont vos femmes ; Et l'hymen nous a joints par et de noeuds.... »
TH. CORN.: « Mais comme enfin son père A et de biens qu'il n'en saurait que faire »
REGNARD: « Il a d'héritiers, le bon seigneur Géronte, Il en a et , que par fois j'en ai honte »

 4   Faire que..., obtenir par ses efforts que.
LA FONT.: « Les grenouilles.... Par leurs clameurs firent Que Jupin les soumit au pouvoir monarchique »
LA FONT.: « J'ai fait que nos gens sont enfin dans la plaine »
J. J. ROUSS.: « Enfin fit l'illustre personnage qu'il fut tout dans la maison et moi rien »
    Faire de..., aller jusqu'à, se décider à.
SÉV.: « Ce n'est plus la mode d'y marchander [à donner le monseigneur aux maréchaux], quand on fait de leur écrire »
SAINT-SIMON: « La fortune a pris plaisir d'en insulter la France [du cardinal de Fleury] en l'en établissant roi absolu, et dans un âge où les autres radotent quand ils font d'y parvenir »
    Faire que de..., même sens.
MONTESQ.: « Lorsqu'on fait que de rendre raison d'une loi, il faut que cette raison soit digne d'elle »
VAUVENARGUES.: « Parce qu'il n'est pas né pour les petites choses.... s'il fait que de s'y livrer.... il les traite moins bien qu'un autre »
J. J. ROUSS.: « Quand ils font que d'être bons, ils veulent en avoir le mérite »
MARMONTEL: « Donnez, donnez, dit-il, puisqu'on a fait que de les égorger [des moutons], il faut bien que quelqu'un les mange »
    Absolu ment. Puisque vous avez fait, il faut continuer.

 5   Pris adverbialement. Tant, avec un verbe, en si grande quantité, tellement. Il ne faut pas discourir.
VOIT.: « Vous qui dites que je ne me saurais contraindre »
CORN.: « Vous n'aimeriez pas , si vous n'étiez aimé »
QUIN.: « N'aimons jamais, ou n'aimons guère : Il est dangereux d'aimer , Ce n'est pas le plus sûr pour plaire »
BOSSUET: « L'Angleterre a changé qu'elle ne sait plus elle-même à quoi s'en tenir »
    Quelquefois, en ce sens, on met par inversion en tête de la phrase.
LA FONT.: « Quatre animaux divers.... Toutes gens d'esprit scélérat, Hantaient le tronc pourri d'un pin vieux et sauvage ; Tant y furent, qu'un soir à l'entour de ce pin L'homme tendit ses rets »

 6   Tant, devant un adjectif, si, tellement.
MOL.: « Voilà une malade qui n'est pas dégoûtante »
MOL.: « Elle n'est pas sotte, ma foi ; et je la trouve assez passable »
VOLT.: « La maîtresse jolie Dont j'étais si fort entêté »
J. J. ROUSS.: « Voilà, monsieur, l'histoire exacte de ce célèbre pèlerinage qui court déjà les quatre coins de la France »
P. L. COUR.: « Voilà le propos du lieutenant que je ne trouve point sot »
P. L. COUR.: « Brisson [le président] demanda de pouvoir achever, avant qu'on le pendît, son traité des usages et coutumes de Perse, qui devait être, disait-il, une belle oeuvre »
    Tant, employé devant un adverbe, si, tellement.
VOIT.: « Vous à qui la mort même, de près que vous l'ayez vue, n'a jamais pu faire peur »
CORN.: « Tu ne fais pas mal »
SÉV.: « Je sais vraiment que vous ne vous portez pas mal, mal, madame »

 7   Tant, construit avec un participe passif.
BOSSUET: « Ce grand homme [le P. Bourgoing], ne voulant pas qu'il fût permis aux infirmités d'interrompre les occupations d'un prêtre de Jésus-Christ »
VOLT.: « Cette femme autrefois aimée »
VOLT.: « Cette femme autrefois célébrée par vous »

 8   Tant, suivi d'un adjectif et de que, signifiant quelque.... que, avec le subjonctif ou l'indicatif.
DESC.: « Arracher le consentement du lecteur, obstiné et opiniâtre qu'il puisse être »
    Anciennement, on supprimait le que, et on faisait une inversion ; ce tour pourrait encore être employé.
MALH.: « Et même ses courroux, soient-ils légitimes, Sont des marques de son amour »
RÉGNIER: « Il n'est bon courtisan, frisé peut-il être.... Dans le style marotique, on peut supprimer le pronom. »
CHAULIEU: « Oncques ne fut amant soit chéri [au lieu de soit-il] Qui.... »

 9   Tant par forme d'épiphonème, et signifiant à tel point.
CORN.: « Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port ; Tant, à nous voir marcher en si bon équipage, Les plus épouvantés reprenaient de courage »
BOSSUET: « Tant il est vrai que tout se tourne en révoltes et en pensées séditieuses, quand l'autorité de la religion est anéantie ! »
RAC.: « Et moi je ne veux plus, tu m'es odieux, Partager avec toi la lumière des cieux »
BUFFON: « Elle [la fauvette tachetée]... se laisse prendre dessus [le nid] plutôt que de l'abandonner.... est grande la force de cet instinct qui, d'animaux faibles, fugitifs, fait des animaux courageux et intrépides »
DELILLE: « Tant dut coûter de peine Ce long enfantement de la grandeur romaine ! »

 10   Il se dit pour au dans une phrase négative ou interrogative.
VOIT.: « Je n'estimerai ni n'aimerai jamais rien au monde que vous »
CORN.: « Je ne puis dire de bien de celle-ci [de cette pièce] que de la précédente »
SÉV.: « Des trésors.... me pourraient-ils donner de joie que votre amitié ? »
REGNARD: « Mais elle n'est pas ma fille que l'on pense »

 11   Il se dit pour au dans quelques locutions affirmatives.
    Tous que nous sommes, tous que vous êtes, tout au que nous sommes, que vous êtes de personnes.
CORN.: « Le funeste succès de leurs armes impies.... Pour tous qu'ils étaient demande-t-il mes pleurs ? »
LA FONT.: « Et tous que nous sommes Nous nous laissons tenter à l'approche des biens »
PASC.: « Ne nous abusons pas, cela nous regarde tous que nous sommes »
FONTEN.: « .... Toi et le conquérant.... et tous que vous êtes, vous avez extrêmement tort »
VOLT.: « Comment vous portez-vous, tous que vous êtes ? »
    Tant qu'il peut, qu'il veut, au qu'il peut, qu'il veut. Il travaille qu'il peut. Il en a qu'il veut.
BEAUMARCH.: « Voilà mon Marin.... pêchant le mal en eau trouble : il en dit hautement qu'il veut ; il en fait sourdement qu'il peut »
    Il pleut qu'il peut, il pleut beaucoup

 12   Tant et plus, au qu'il en faut et même plus.
LESAGE: « Laissez-nous le soin de vous chercher des pratiques ; nous vous en fournirons et plus »
J. J. ROUSS.: « J'eus aussi des visites de Genève et plus »

 13   Il sert à marquer un certain rapport, une certaine proportion entre les choses dont on parle. Tant plein que vide. Tant bon que mauvais. Je l'aime pour lui que pour son père.
ROLLIN: « Quand les enfants avaient appris à bien lire et à écrire, on leur enseignait la grammaire, de la langue latine que de la grecque »
    Tant bien que mal, médiocrement.

 14   Tant que, aussi longtemps que.
VOIT.: « Je ne me puis estimer malheureux, que j'aurai l'honneur d'être aimé de vous »
CORN.: « Mais, qu'il pourra tout, que pourrai-je, madame ? »
BOSSUET: « Tant qu'elle a été heureuse, elle a fait sentir son pouvoir au monde par des bontés infinies »
LA BRUY.: « Tant que les hommes pourront mourir et qu'ils aimeront à vivre, le médecin sera raillé et bien payé »
ROLLIN: « Après avoir commandé qu'on les poursuivît que le jour durerait »

 15   Tant que..., aussi loin que.... Tant que la vue se peut étendre.

 16   Tant que, jusqu'à ce que (avec le subjonctif).
CORN.: « Différez pour le mieux encor cette visite, Tant que, maître absolu de votre jugement, Vous soyez en état de faire un compliment »
CORN.: « Adieu, je vais traîner une mourante vie, Tant que par ta poursuite elle me soit ravie »
BOSSUET: « La charité se nourrit et s'élève plus sûrement quand elle est comme gardée par la crainte ; c'est ainsi qu'elle se fortifie, qu'enfin elle soit capable de se soutenir par elle-même »
BOSSUET: « Enivrez-vous de ce vin, que ses fumées vous fassent perdre.... »
A. CHÉNIER: « Suppliez, gémissez, implorez sa clémence, Tant qu'elle vous admette enfin en sa présence »
    L'Académie, dans son Examen du Cid, a blâmé cette locution, mais à tort, car elle se comprend très bien comme l'ont employée Corneille et Bossuet.

 17   Tant que, de façon que.
LA FONT.: « Toutes sottises dont la belle Se défend avec grand respect, Tant qu'au père à la fin cela devint suspect »

 18   Tant plus que moins, loc. adv. à peu près. Il a dix mille livres de rente, plus que moins.

 19   Comme il y en a , se dit de choses, de personnes qui ne se distinguent par rien de particulier.
DIDER.: « Qui pouvait imaginer que, pour une fille comme il y en a , tu tomberais dans l'état où je te vois ? »

 20   Tant mieux, loc. adv. qui marque qu'on est content que quelque chose soit. S'il se conduit sagement, mieux pour lui.
    Tant pis se dit en un sens contraire.
MOL.: « C'est pis pour vous »
MOL.: « Tant pis encore de prendre peine à dire des sottises, et d'être mauvais plaisants de dessein formé »
LA CONDAMINE: « La Condamine est aujourd'hui Reçu dans la troupe immortelle ; Il est sourd, c'est mieux pour lui ; Mais il n'est pas muet, et c'est pis pour elle »
    Familièrement. Tant pis, mieux, se dit quelquefois pour marquer qu'on ne se soucie guère de la chose dont il s'agit, et qu'il n'y a grand sujet de s'affliger ni de se réjouir.
    Tant-pis, Tant-mieux, noms plaisants de deux médecins dont l'un assurait que le malade succomberait et l'autre qu'il guérirait.
LA FONT.: « Le médecin Tant-pis allait voir un malade Que visitait aussi son confrère Tant-mieux »

 21   En que, loc. conj. Selon que, moyennant, comme, à la condition de.
DESC.: « Je suis assuré que ces façons de penser que j'appelle sentiments et imaginations, en seulement qu'elles sont des façons de penser, résident et se rencontrent certainement en moi »
CORN.: « Je ne la fais amoureuse que par ambition, et en sorte qu'elle semble n'avoir point d'amour, qu'en qu'il peut servir à sa grandeur »
LA FONT.: « Le bien n'est bien qu'en que l'on s'en peut défaire ; Sans cela c'est un mal »
     Logique de Port-Royal, p. 91, dans POUGENS: On peut dire que toute idée est distincte, en que claire
REGNARD: « Déshéritant, en que besoin pourrait être, Parents, nièces, neveux, nés aussi bien qu'à naître »
D'ALEMB.: « L'esprit ne crée et n'imagine des objets qu'en qu'ils sont semblables à ceux qu'il a connus par des idées directes et par des sensations »

 22   Tant il y a que, y a que, loc. familière, quoi qu'il en soit.
VAUGEL.: « Tant y a que les soldats travaillèrent aux radeaux avec de courage que.... »
     Acad. Sentim. Cid: Maintenant, si ce dénoûment est selon l'art ou non, c'est une autre question qui se videra en son lieu ; y a qu'il se fait avec surprise, et qu'ainsi l'intrigue ni le démêlement ne manque point à cette pièce
SÉV.: « Je suis faible, et ne me pique point de ne l'être pas ; y a, je n'en puis plus »
BOSSUET: « Cette comparaison [de Dieu punissant les Juifs par Titus] avec un magistrat qui fait rouer des malfaiteurs, vous fait horreur ; y a que Dieu s'est comporté à peu près de même »
RAC.: « Tant y a qu'il n'est rien que votre chien ne prenne »

 23   Tant soit peu, voy. PEU.
    Tant et si peu qu'il vous plaira, en telle et si petite quantité qu'il vous plaira.

 24   Tant s'en faut que.... voy. FALLOIR, n° 12.

 25   Si est que.... avec le subjonctif, si la chose est, supposé que la chose soit.
CH. DE SÉVIGNÉ: « Croyez que vos bonnes grâces à tous me sont très précieuses, si est que je les aie »

 26   Sur et moins, voy. SUR 2 n° 44, et MOINS.

 27   À , à ce point, là-dessus.
BALZ.: « À (pour user des termes de M. le cardinal d'Ossat), je vous donne le bon soir »
LA FONT.: « À se tut ; Richard, tombé des nues, Fut tout heureux de pouvoir s'en aller »
    Cette locution a vieilli, mais on pourrait très bien l'employer d'après la Fontaine et Balzac.

 28   Tant plus, plus ; plus, moins.
MALH.: « Tant plus nous avons de besoin d'une chose, plus nous avons d'obligation à celui qui nous la donne »
BALZ.: « Tant plus il y aura de bienheureux dans le ciel, moins il restera de gens de bien sur la terre »
LA FONT.: « Quand ils [des madrigaux] sont bons, en ce cas tout prudhomme Les prend au poids, au lieu de les compter ; Sont-ils méchants, moindre en est la somme, Et plus tôt on s'en doit contenter »
PASC.: « Tant plus le chemin est long dans l'amour, plus un esprit délicat sent de plaisir »
    Cette locution est tombée en désuétude ; et on supprime aujourd'hui .

 29   Tant plus, d'au plus.
J. J. ROUSS.: « Je ne me suis pas moqué de vous alors ; mais je m'en moque plus aujourd'hui »
J. J. ROUSS.: « Il y a un longtemps qu'à force de m'inspirer du respect, il m'a fait oublier sa naissance ; ou, si je m'en souviens encore, c'est pour honorer plus sa vertu »

 30   Tant seulement, pour seulement n'est plus usité ; il est resté dans le langage populaire ; autrefois il était du bon usage.
LA FONT.: « De n'avoir pas chez soi pour lui donner Tant seulement un malheureux dîner »

PROVERBES
    Tant vaut l'homme, vaut sa terre ou la terre, voy. TERRE.
    Tant va la cruche à l'eau qu'elle se brise, en retombant souvent dans la même faute, en s'exposant souvent au même péril, on finit par s'en trouver mal.

REMARQUE
    1. Avec de et un substantif, le verbe et l'adjectif qui suivent s'accordent avec le substantif, non avec .
RAC.: « Jamais de beauté fut-elle couronnée ? »
MARIV.: « Tant de galanterie et d'esprit n'étaient pas bon signe ; Il fallait apparemment que son amour ne fût plus ni si sérieux, ni si fort »
    2. Je leur donne un , et ils me tiennent quitte de tout, n'est pas correct, il faut dire je leur donne .
    3. Tant ne se joint point à un simple adjectif ; on ne dit pas vertueux, méchant. Cependant, comme on a vu ci-dessus, il s'emploie de la sorte dans un langage où l'on prend un ton archaïque ou de bonhomie.
    4. Après le verbe actif ou neutre, sans auxiliaire, il faut toujours mettre : il travaille ; il pleut .
    5. Quand le verbe auxiliaire se joint au verbe actif, on place entre l'un et l'autre : Il a travaillé, ils ont écrit ; et jamais dans ces cas on ne se sert de si.
    6.
VOLT.: « Lorsque vous avez à exprimer un sentiment particulier par un verbe passif, comme je suis si touché, si ému, si courroucé, si animé, vous ne pouvez dire : je suis ému, touché, courroucé, animé, parce que ces mots tiennent lieu d'épithète ; mais, lorsqu'il s'agit d'une action, d'un fait, vous employez le mot : cette affaire fut débattue ; les accusations furent renouvelées ; les juges sollicités ; les témoins confrontés, et non pas si confrontés, si sollicités, si renouvelés, si débattus. La raison en est que ces participes expriment des faits, et ne peuvent être regardés comme des épithètes Voltaire ajoute : ' On peut dire surtout en vers : Cette femme aimée. Quand on ajoute de qui elle a été aimée, il faut dire : si aimée de vous, de lui, et non aimée de lui, parce qu'alors vous désignez un sentiment. ' Ceci est une subtilité ; et rien n'empêche de dire : cette femme aimée de vous, de lui. »

HISTORIQUE
    XIème siècle
     Ch. de Rol. v: Teres e fiez [fiefs] com vos en vuldrez
     ib. XXXIV: .... se ai de leisir
     ib. XXXIX: Par es terres [il] ad sun cors demenet
     ib. CLIV: Sunez vos grailes, que en cest ost ad
     ib. CXC: Tant chevalcherent que en Sarraguce sunt
    XIIème siècle
     Couci, II: Mais se voz euz [yeux] où l'on se puet mirer, Qui sont cler...
     ib. v: Par es foiz [j'] ai esté assailliz, Que je n'ai mais povoir de moi deffendre
     ib. XVII: Et quant je pluz sui loinz de sa contrée, Tant est mes cuers pluz près et ma pensée
     ib. XXI: Grant pechié fait qui son homme veut prendre Par biau semblant monstrer, que bien tient
     ib. XXIV: On ne puet pas servir à seignour
     Sax. v: Et de cors et de membres [elle] par fu si avenanz, Qu'onques Dex ne fist home soit vielz ne crolanz, Se l'osast esgarder, ne li muast talanz
    XIIIème siècle
VILLEH.: « Et dura leur consaus [conseil] que il furent tuit à un acort »
VILLEH.: « Et fu devisés qu'il prendroient terre à Corfol, et que li premier atendroient les derreniers, [jusqu'à ce] qu'il seroient ensemble »
     Berte, III: Tant com il furent là, on les fist honorer
     ib. XCVII: Mais laissez la vivre qu'ele pourra durer
     ib. CXXVII: À peine [elle] put mot dire, li cuers lui failli
     Chr. de Rains, 25: Sire, je loe que vous li otroyés bataille, et je ne doute, ne ne quant, que nous n'aions la victoire
     la Rose, 3256: Mès il est de tel cruauté, Qu'il ne se daingne encor refraindre, Tant me voie plorer ne plaindre
     ib. 3191: Voilliés que j'aim solement ; Autre chose ne vous demant
     ib. 2638: Esperance li fait souffrir Tant maus que nus n'en sait le conte Por la joie qui cent tans [cent fois autant] monte
     ib. 3481: Car cum vous plus atendrez, Tant plus, sachiés, de tens perdrez
     ib. 176: Il i avoit d'oisiaus trois tans [trois fois autant] Qu'en tout le remanant de France
BEAUMAN.: « Mais de comme as quemins apartient.... »
JOINV.: « Le roy ot conseil que il ne partiroit de Damiete, jusques à que son frere le conte de Poitiers seroit venu »
JOINV.: « Nulz ne peut pechier, que Dieu ne peut plus pardonner »
    XIVème siècle
ORESME: « C'est impossible que mal, en comme mal, soit bien »
ORESME: « Le bien est plus commun, plus vault et plus est à aimer »
ORESME: « Tant plus est une operacion ou passion voluntaire, plus est elle à loer ou à vituperer, et moins voluntaire, moins est à loer »
ORESME: « Nous avon dit.... en quel maniere et en quel cas la loy de rendre pour est juste »
     Guesclin. 14068: Et au pape de Romme irai si esploi Que vingt mil en arez ; et puis je ferai Que monseigneur le roy, son frere le vaillant, Vous en donra plenté...
    XVème siècle
FROISS.: « Or se gardent de moi, car heure viendra que je les payerai de la monnoie pareille ; on la forge à que on peut »
FROISS.: « Mais y a, monseigneur, ils ne payent chose que ils prennent ; et fuit tout le menu peuple partout où ils viennent »
FROISS.: « De la prise [de] Charles de Montmorency furent les François moult courroucés, mais amender ne le purent comme adonques »
FROISS.: « Or nous tairons nous de parler de lui qu'à present et des Anglois, et retournerons aux Escots »
FROISS.: « Je vous attendrai que vous serez revenu »
FROISS.: « Sire, faites semblant de deloger et de vous traire autre part, et laissez un petit de vos gens devant la ville ; ceux de laiens istront ost hors ; de les connois-je bien »
JUVÉNAL DES URSINS: « Et pour ceste cause envoyerent devant le roy, et feirent qu'ils obtindrent ce qu'ils demandoient »
J. CHASTEL.: « Et conclut par ce point que peu et grand qu'il y a de gloire ne de felicité, procede de leur main »
MONSTREL.: « De que le machineur seroit plus prochain du roi... de seroit la chose plus inique »
COMM.: « Tant pour le duc que pour luy »
COMM.: « De qu'ilz sont plus grans, ilz portent les oultrages à plus grant desplaisi et dueil »
COMM.: « Ledit Cleret se tint à [s'en tint là], et luy laissa son argent »
COMM.: « Et avoit dit [Louis XI] que, si on le veoit en ceste necessité de mort, que l'on ne luy dist fors seullement : parlez peu »
    XVIème siècle
CALV.: « S'il n'est point licite de figurer Dieu par effigie corporelle, moins sera-il permis d'adorer une image pour Dieu »
CALV.: « Mais quelle moquerie est-ce d'orner une chose si petite d'un tiltre superbe ? »
CALV.: « Je ne nie pas que ce ne soit l'office d'un bon fidele, de s'abstenir de toute familiarité des meschans, et de ne se mesler avec eux en quelque affaire que ce soit qu'il puisse »
RAB.: « De loing que le veid Pantagruel, il dist es assistans.... »
RAB.: « Tant plus y estudions, moins y entendons »
RAB.: « Somme, ilz beurent et , que ilz s'endormirent comme porcz sans ordre parmy le camp »
RAB.: « On m'a dit que ces femmes de bien ont communement maulvaise teste »
RAB.: « J'ay songé et plus, mais je ny entendz note »
RAB.: « De couraige et plus ; je ne crains rien que les dangers »
MONT.: « Il fut, luy que sa posterité, declaré roturier »
MONT.: « Faictes leur de bonne chere qu'il vous plaira »
ID.: « .. Qu'il s'en vestit qu'il auroit executé... [jusqu'à ce qu'il eût] »
MONT.: « Ils ne font pas malicieusement que lourdement les ingenieux »
MONT.: « Aussi tost qu'il y a soit peu d'apparence que... »
MONT.: « Il y avait onze mille d'ans.... »
LA BOÉTIE: « Il semble qu'en ces glorieux jours là ce n'estoit pas la bataille des Grecs contre les Perses, comme la victoire de la liberté sur la domination »
LA BOÉTIE: « Cresus, ce riche roy »
LA BOÉTIE: « L'amitié s'entretient, non par un bienfait, que par la bonne vie »
ID.: « Et puis, je disne et mange et si peu, que je puisse passer le jour sans me sentir ny vuide ny trop chargé »
LA BOÉTIE: « Vois tu pas que tous les hommes, qu'il y en a, par maniere de dire, s'ayment bien eux mesmes ? »
AMYOT: « Il mourut en ceste bataille plus de 15000 hommes, du costé de Pyrrhus que du costé des Romains ; mais ilz se retirerent à les uns et les autres »
AMYOT: « Demosthenes employa entierement tout qu'il avoit de sens et de science en l'art de rhetorique »
RONS.: « Est-ce que la mort, est-ce si grand malheur, Que le vulgaire croit ? »
RONS.: « De l'admirer je ne suis assouvy, Car l'oeil de voir n'est lassé qu'il vive »
RONS.: « Amour, sois tu fort, tu perdras la bataille »
RONS.: « À [aussitôt] Francus s'embarque en sa navire »

ÉTYMOLOGIE
    Provenç. , tan ; espagn. o, adj. tan, adverbe ; portug. et ital. o ; du latin us, si grand. Tantus est formé de l'adverbe tam, et le suffixe tus, comme dans robus-tus ; tam est l'accusatif pris adverbialement du thème pronominal ta, qu'on retrouve dans tum : us signifie donc étymologiquement : ainsi, de cette façon.


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Adverbe 


qui exprime Une quantité indéfinie, et qui a souvent pour corrélatif la conjonction "Que. Il a d'amis qu'il ne manquera de rien. Il a de bonté, de vertu! J'ai été de fois chez lui! Il a de richesses, qu'on ne les saurait compter. Il en a et , et plus. Donnez-m'en soit peu, et si peu qu'il vous plaira. Le jour qu'il plut ."
"Tous que nous sommes, tous que vous êtes," Tout ce que nous sommes de gens, tout ce que vous êtes de gens.
Pop., "Il pleut qu'il peut," Il pleut beaucoup.
Prov., "Tant tenu, payé," se dit pour exprimer que Le service d'une personne ou l'usage d'une chose, a été ou sera payé en raison de sa durée. Cette phrase signifie aussi qu'On est quitte envers quelqu'un, en le payant à proportion du service qu'il a rendu.
Prov. et fig., "Tant vaut l'homme, vaut sa terre" ou "la terre," C'est l'industrie, l'intelligence du maître qui fait valoir, plus ou moins, son bien, sa charge, etc.



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, En si grande quantité, à un tel excès. "Il mangea , qu'il en creva. Tant fut plaidé, qu'ils se ruinèrent de part et d'autre. Il ne faut pas discourir."
Prov. et fig., "Tant va la cruche à l'eau, qu'à la fin elle se brise," En retombant souvent dans la même faute, on finit par s'en trouver mal; ou, En s'exposant trop souvent à un péril, on court risque d'y demeurer, d'y succomber. Il se dit par forme de menace ou de prédiction.



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit encore de Toute sorte de nombre qu'on n'exprime point. "Nous partagerons, il y aura pour vous et pour moi. Il me demanda combien j'avais de revenu, je lui dis que j'en avais . Je lui ai donné soixante et de francs."
Fam., au Jeu, "Nous sommes à ," Notre jeu est égal, nous avons au de points, au de parties l'un que l'autre.



4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



sert aussi à marquer Une certaine proportion, un certain rapport entre les choses dont on parle. "Tant plein que vide. Tant bon que mauvais. Je le sers pour lui que pour me faire plaisir. Ce n'est pas manque de soin, que manque d'argent."



5ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



avec la négation, signifie quelquefois, Autant. "Rien ne m'a fâché que cette nouvelle."



6ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



s'emploie aussi par forme d'exclamation, et signifie, À tel point. "Tant il était abusé. Tant le monde est crédule. Tant il est vrai que... Tant il est difficile d'être modéré dans la bonne fortune."
"S'il faisait que.... Quand il faisait que".... S'il se portait jusque-là. Quand il se portait jusqu'à faire telle chose. "Si je faisais que d'aller à Rome, je voudrais. ... Quand il faisait que de se mettre à table, il n'en sortait plus."



7ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



suivi de "que," signifie quelquefois, Aussi loin que. "Tant que la vue se peut étendre. Tant que la terre le pourra porter." On dit aussi, en abrégeant, "Tant que terre, etc."
Il signifie également, Aussi longtemps que. "Tant que je vivrai. Tant qu'il occupera cette place, il en remplira les devoirs. Tant que le monde durera. Pour et si long-temps, pour et si peu qu'il vous plaira."



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Adverbe 

de comparaison ou de quantité.
- 1°. Il prend l'article indéfini: " de" belles actions, "d' "argent, "d' "esprit, "de" monde, "de" prudence, et non pas "des" belles actions, "de l'"argent, "de l'"esprit, "du" monde, "de la" prudence, comme disent les Gascons. Il est ordinairement suivi d'un "que:" il a " de" sagesse "qu' "il gouvernerait un Royaume.
- 2°. Il se met toujours aprês le verbe dans les tems simples. Il me donne " de" peine que, etc. et dans les tems composés, il se met, ou devant ou aprês le participe. Il est mieux devant quand le régime précède; et aprês quand le régime suit. 'Il "en" a "tant" employé "que", etc. 'Il a employé " d'"amis "que", etc. On pourrait dire aussi: il a "tant" employé "d'"amis que, etc.
- 3°. Le "que", qui suit "tant", ne régit pas toujours des verbes, et il est quelquefois suivi de noms ou de pronoms. '"Tant" pour "les" uns "que" pour "les" autres: "tant" pour "vous que" pour "lui".
- Remarquez que dans ce dernier tour de phrâse, le 2d membre, régi par "que", doit suivre le même ordre que le premier, régi par "tant". C'est ce qu'on n'observait pas anciènement, et à quoi manquent encôre aujourd'hui quelques Écrivains. '"Tant en" leurs persones, "que de" leurs parens. Dites "qu' en celles de" leurs parens. '"Tant ceux du" tems pâssé, "que du" tems d'aujourd'hui. "La Font." Il falait "que ceux du" tems d'aujourd'hui.
- 4°. "Tant" s'emploie aussi sans régime. 'Le jour qu'il plut "tant". 'Il en a " et ", " et plus"; c. à. d. beaucoup. 'Donez-m'en " soi peu; et si peu que" vous voudrez. 'Nous partageons: il y aura "tant" pour vous et "tant" pour moi.
- 5°. Quelquefois on le redouble. '"Tant" tenu, "tant" payé: on est quite envers quelqu' un en le payant à proportion du service qu'il a rendu. '"Tant" vaut l'homme, "tant" vaut sa terre: l'esprit, l'intelligence du maître fait valoir sa terre, sa charge, etc. plus ou moins. = Mais " plus", redoublé, est vieux et hors d'usage. '"Tant plus" on est riche, " plus" on est avâre. On se sert aujourd'hui de "plus" redoublé, et l'on retranche "tant". '"Plus" on est riche, "plus" on est avâre.
- "La Touche" était surpris, avec raison, que l'"Acad." ne condamnât pas " plus" dans son Dictionaire, d'au plus que dans ses "Observations sur les Remarques de Vaugelas", elle le rejetait.
- Dans les éditions suivantes, elle se contenta de dire qu'on suprime ordinairement "tant". Ce n'était pas dire assez. Enfin, dans la dernière, elle n'en parle plus.
- 6°. "Tant" n'est pas comme "autant", adverbe relatif. 'Après trente-cinq jugemens rendus contre lui, sur les plaintes de " de" francs Fieffataires, qu'il avoit expulsés. "Hist. d'Angl." Il est clair qu'il falait dire "au de", etc. car il y eut "au de" jugemens "que de" plaignans. 'Il n'est admirable en aucun de ses ouvrages, "tant" (autant) "qu' "en celui-ci. "P. Rapin". Voy. AUTANT.
- 7°. Aûtrefois on joignait "tant" avec des adjectifs et des adverbes. On disait "tant" aimable, "tant" heureusement, au lieu de "si" aimable, "si" heureûsement. 'De " près". Voit. Dites, "de si prês"
- Il y a déja du tems que "tant" ne modifie que les verbes et les noms substantifs. 'Il a " bu qu' "il en est incomodé: il a " d'argent qu'"il ne sait qu'en faire. On dira donc avec un substantif, il a " de bonté que", etc. et avec un adjectif, il est "si bon que", etc. Aûtrefois on joignait "tant" aux adjectifs.
   Les angoisses " dures".
On dirait aujourd'hui, "si dures".
- 8°. "Fontenelle" dit "tant" pour "aussi bien". 'Les nouveaux oracles n'avoient garde de réussir "tant". C'est une faûte assez grossière.
- 9°. "Tant" se place quelquefois à la tête de la phrâse comme pour servir de corollaire aux phrâses précédentes. '"Tant" le monde est crédule! "Tant" il est vrai que, etc. "Tant" il est de ceux qui n'entendent pas ce qu'ils disent. = * Aûtrefois on disait " y a" dans tous les styles; mais cette expression, dont "Vaugelas" et "Patru" même (ce puriste si délicat) se servaient assez souvent, était devenue insuportable, dit "Bouhours", à ceux qui écrivaient avec politesse";" et l'on ne s'en servait plus que dans le comique. L'"Acad." ne le désaprouvait point aûtrefois. Elle dit dans les dernières éditions qu'il commence à vieillir. '"Tant y a que" nous nous perdions, soit que cela fût fait ou non. '"Tant y a que" M. "Chapelain" fit un corps qui fut présenté au Cardinal écrit à la main. "Pelisson", Hist. de l'Acad. 'Je suis bien foible, et ne me pique point de ne l'être pas":" " y a" je n'en puis plus. "Sév." = Un tour aprochant de celui-là, c'est le suivant: "tant" fut procédé "que", etc. '"Tant" fut disputé de part et d'autre "que", etc. = 10°. "Tant que" a plusieurs sens: "aussi loin que". '"Tant que" la vûe peut s'étendre. '"Tant que" la terre le poura porter: expression proverbiale.
- "Aussi long-tems que". '"Tant que" je vivrai; " que" le monde dûrera. = "Jusqu' à ce que". 'C'est ainsi que l'hérésie croît et se fortifie, " qu'"enfin elle "soit" capable de se soutenir par elle-même. "Bossuet". '"Tant qu'"il "ait prouvé" que le sujet du Cid est trop diffus, nous n'estimons point qu'il pèche en excès de grandeur. "Sentim. de l'Acad."
- "De sorte que". '"Tant qu'"à force de ne rien résoudre, je "pâssai" chez moi et seul la plus grande partie de la journée. "Anon.". '"Tant qu'"enfin ils "s'étoient" déja "abandonnés" au désespoir, lorsqu'ils furent subitement délivrés de ce péril. "Voy. d'Anson". = "Remarquez" que quand " que" régit le subjonctif, il a le sens de "jusquà ce que", et qu'il est vieux, ou qu'il vieillit du moins en ce sens; et que quand il gouverne l'indicatif, il signifie "de sorte que", et qu'il est encôre en usage dans le style familier. = "Faire que" régit "de" et l'infinitif: Si je "faisais que d'aler" à Rome, je voudrais, etc. 'S'il "faisait que de m'"ataquer, je saurais me défendre.
- 11°. "Tant" se combine avec d'autres adverbes. "Tant mieux" se dit pour marquer qu'une chôse est avantageûse, et " pis" qu'elle est désavantageûse.
- "Tant plus que moins", à peu prês.
- "Sur et moins" se dit quand on paye, ou qu' on reçoit quelque chôse à compte d'une plus grande somme. 'Il m'a doné cent pistoles, "sur et moins de" ce qu'il me doit. = "En que", conjonction explicative. 'J.C. a un père, "en que" Dieu, et une mère, "en qu'"homme. Aûtrefois on faisait un grand usage de cette conjonction: on disait souvent: "en qu'il est en lui", "en vous", "en moi", etc. "Bossuet" a même dit: "en qu'en lui est". Ce dernier est tout à fait vieux: les aûtres vieillissent. = "Si est que" est du st. famil. il régit le subjonctif. 'J'y irai, "si est que" je le "puisse"; c. à. d. si je le puis. 'Sa mère en mourra de douleur, "si est qu'"on en "meure". Mde "de Coul." = "Tant et " se dit pour, "un si grand nombre": 'Les châtimens exercés sur " et de" pécheurs ne sont point pour vous des menaces, ni des exemples. "La Ruë". = "Tant à " se dit par les Joueurs: nous voilà " à ", à égalité. = "Tant s'en faut que", etc. Voy. FALLOIR. = "Tant seulement" ne se dit que par le petit peuple: on dit "seulement", tout seul. "Corn. Mén." L. T.
- 12°. "Tant soit-il" pour "quelque que" est vieux.
   Et même ses courroux, " soient-ils légitimes",
   Sont des marques de son amour.
       "Malherbe".
  Les fuites des méchans, " soient-elles secrètes",
  Quand il les poursuivra, n'auront point de cachettes.      Id.
Les Poétes ont eu tort de laisser perdre ce tour de phrâse, bien plus poétique que "quelque que", lequel ne peut guère entrer dans des vers, du moins dans la haute poésie.
- "Rousseau" a encôre dit;
   Et ce faux bruit, " soit-il insensé",
   Ne manquera d'être encor rehaussé
   Par cent grimauds, rampans sur le Parnasse.
Mais c'est dans le style marotique.
- 13°. "Tant et de si belles" actions, façon de parler qui nous est venûe des Latins, est condamnée par "Vaugelas". Les "Observations" sur ses "Remarques" ne la condamnent pas, et l'on peut s'en servir dans le style oratoire. 'Où peut-on trouver " et de si puissans" exemples? "Fléchier". Or. Fun. de Turenne. "Réfl." L. T.




Emplacement dans le dictionnaire :

tannage
tannant
tanné
tanne
tanner
tannerie
tanneur
tannin
tannique

tant mieux
tant pis
tant plus que moins
tant que
tant y a que
tantale
tante
tantième
tantinet
tantôt
tanzimat




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Jean MORÉAS (Les Stances)

...tranquille, arbres fiers que nourrit un avare terrain ! Je songe, en supputant tout le mal et le pire ; et malgré les détours dont m'abuse le sort, je sens que sur ma lèvre erre encore un sourire, tant mon âme s'absorbe en son dieu sans effort. 6e LIVRE (X) Va-t-on songer à l'automne, à l'aquilon détesté, quand la lumière environne la vie et le fier été ! De l'arbre au profond feuillage, des...


Citation n°2 de Jean MORÉAS (Poèmes et Sylves : 1886-1896)

...de la mer, la cape et la dague lourdes de pierres jaunes, et sur ton chapeau des plumes de perroquets, tu t'en venais, devisant telles bourdes, tu t'en venais entre tes deux laquais si bouffis et tant sots-en vérité, des happelourdes ! - dans la cité au bord de la mer tu t'en venais et tu vaguais parmi de grands vieillards qui travaillent aux felouques, le long des môles et des quais. C'était (tu...


Citation n°3 de Jean MORÉAS (Poèmes et Sylves : 1886-1896)

...mais ce sont d'une qui souvent couard te rendit. PÈL. PAS., JONCHÉE, PASSE-TPS Passe-temps blanc satin neuf, oeuf de couvée fraîche, neige qui ne fond, que vos tétins, l'un à l'autre revêche, si tant clairs ne sont. Chapelets de fine émeraude, ophites, ambre coscoté, semblables aux yeux dont soulas me fîtes, onques n'ont été. Votre crêpe chef le soleil efface, et votre couleur fait se dépiter la...


Citation n°4 de Jean MORÉAS (Poèmes et Sylves : 1886-1896)

...PÈL. PAS., AL. P., ÉG. ELLE E. églogue à elle encore j'eusse pu me nourrir de miel nouveau, pendant des mois, et bien que l'on prétende que sa saveur trouble les sens, je n'eusse été, certes, tant dépourvu de sagesse que pour avoir, de ma lèvre, ah si peu ! Effleuré ta bouche, semblable au feu. Bouche plus suave que le miel au creux des ruches amassé, bouche plus vive que les hauts pavots...


Citation n°5 de Pierre LOTI (Le Mariage de Loti : Rarahu)

...la fièvre. La vieille femme occupait toute la largeur de son siège par la masse disgracieuse de sa personne. -elle était vêtue d'une tunique de velours cramoisi ; un bas de jambe nue s'emprisonnait tant bien que mal dans une bottine de satin. à côté du trône, était un plateau, rempli de cigarettes de pandanus. Un interprète en habit noir se tenait debout près de cette femme qui entendait le...


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